Prix du pétrole, risques et perspectives économiques en Afrique

Économie Afrique
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En 2015, la croissance économique en Afrique tombait à 3 % et était au plus bas depuis une dizaine d’années. La raison principale est la chute du cours du baril de pétrole qui a perdu 50 % de sa valeur entre juillet 2014 et janvier 2015. Le pétrole étant un prix directeur et les matières premières étant de plus en plus auto-corrélées, la chute du prix du baril a entraîné celle des matières premières. Les économies africaines sont fortement dépendantes de leurs recettes issues des matières premières. Dans des pays comme l’Angola, le Congo-Brazzaville ou le Nigeria, le pétrole représentent plus de 90 % des exportations, cette forte dépendance rend ces économies suspendues aux fluctuations des cours. Or, l’influence de ces pays sur l’évolution des cours est très faible comparée aux grands producteurs que sont l’Arabie Saoudite, la Russie ou les États-Unis. De fait, ils subissent les décisions de productions de ces pays et leurs conséquences sur les prix. D’autres raisons peuvent expliquer également la baisse de la croissance : les problèmes de santé liés aux épidémies et aux conditions sanitaires (virus Ebola en Guinée ou au Liberia), les conflits politiques (Côte d’Ivoire) ou les conditions climatiques (sécheresse en Éthiopie et au Zimbabwe). Mais globalement la croissance des pays africains semble être tributaire des prix du pétrole comme le prouve la phase de croissance du continent lorsque que les prix étaient élevés entre 2000 et 2014.

Plus d’une dizaine de pays d’Afrique sont exportateurs de pétrole (Guinée équatoriale, République du Congo, Gabon, Mauritanie, Tchad, Algérie, Afrique du Sud, Maroc, Tunisie, Angola, Ghana, Cameroun, Niger, Côte d’Ivoire, Soudan, Nigéria, Égypte, République démocratique du Congo et Libye). Il est important de démontrer le rapport entre le cours du baril de pétrole et des variables économiques telles que les investissements étrangers directs, les dépenses militaires ou le chômage afin de mettre en place des mécanismes pour permettre aux économies ouvertes très dépendantes des fluctuations des cours sur les marchés internationaux d’amortir en partie les chocs provoqués par la chute des prix.

Une forte corrélation entre prix du pétrole et variables économiques

Les statistiques montrent que l’évolution des prix du pétrole ses vingt dernières années est marquée par une hausse constante depuis le milieu des années 1990 et une chute brutale à partir de 2014. En effet, les prix du pétrole sont passés de 20 dollars en 2000 à 100 dollars en moyenne en 2008 pour chuter à 50 dollars en 2015. Les pays producteurs de pétrole allant, par ordre croissant du Nigeria (2,4 millions de barils par jour), suivi par l’Angola (1,7 millions de barils/jour), l’Algérie (1,5 millions de barils/ jour), la Lybie (0,81 millions de barils/jour) et enfin l’Égypte (0,527 millions de barils/jour) ont donc subi de fortes baisses de leurs recettes pétrolières qui ont eu un impact négatif sur d’autres secteurs directement reliés au budget des États. Les corrélations (statistiquement significatives) entre la dynamique des prix du pétrole observée depuis vingt ans et des variables économiques et financières (PIB, bénéfices tirés du pétrole, dépenses militaires, chômage, exportations de biens et services, et investissements étrangers directs) montrent la forte corrélation entre le prix du pétrole et le PIB des pays ce qui confirme leur très forte dépendance des recettes pétrolières et in fine le manque de diversification de leur économie.

Il en est de même pour l’exportation de biens et services (en % du PIB), ce qui montre un lien entre le financement de ces activités et la rente pétrolière. Par contre, l’impact sur le chômage est différent en fonction des pays. L’Algérie apparaît très dépendante de l’évolution des prix (chaque hausse des prix du baril fait baisser le taux de chômage et inversement), ce qui n’est pas le cas pour le Nigeria. Cela s’explique par le fait que le ratio pétrole/population en Algérie (1,54 million barrils/jour : 41 millions d’habitants) est beaucoup plus élevé que celui du Nigeria (1,98 barrils/jour : 195 millions d’habitants) ce qui rend les politiques de redistribution de la rente (contrats, bourses d’études, etc.) plus efficace. Un autre constat est la corrélation positive entre hausse des prix du pétrole et dépenses militaires, y compris en l’absence de conflits sur leurs territoires, même s’il y a des exceptions, comme le cas de l’Égypte, où la hausse des prix du pétrole a fait baisser les dépenses militaires. Il y a donc certains pays où la hausse des prix du pétrole finance l’achat d’armement et d’autres où il finance d’autres dépenses. La littérature montrant un lien entre corruption, instabilité du pays et production de pétrole, il n’est pas étonnant que certains régimes dépensent largement leurs recettes pétrolières dans l’achat d’armement.

Sur les investissements directs étrangers, on observe une baisse des investissements étrangers lorsque le prix du baril augmente. Cela s’explique par le fait qu’un certain nombre d’investissements peuvent être réalisés par l’État producteur compte tenu de ces rentrées pétrolières. Néanmoins, dans le cas d’Angola, les investissements directs étrangers ont augmenté avec la hausse des prix du pétrole, mais la majorité de ces investissements ont été dirigés vers la filière pétrolière. La hausse des prix rendant l’extraction off shore en mer très profonde rentable et le pays souhaitant augmenter sa production pour profiter de la hausse jugée à l’époque structurelle, l’État angolais a incité les compagnies étrangères à investir fortement dans l’exploration-production.

Enfin, un choc exogène négatif sur les prix impacte l’ensemble des variables macroéconomiques. Les soldes extérieurs courant ont tendance à passer d’excédents importants (8 % du PIB en période de hausse des prix) à des déficits élevés (4 % du PIB en période de baisse). Ces fortes variations s’accompagnent généralement de la diminution des réserves internationales. Les dettes publiques augmentent également de plus de 3 % du PIB en période de baisse.

Il s’avère également que les pays ayant des taux de change flexible (Angola ou Nigeria) et un taux d’endettement maîtrisé ont pu plus facilement faire face au choc négatif sur les prix. La baisse du taux de change a, en effet, permis d’amortir le choc négatif de la baisse des prix du baril.

Les pays africains producteurs de pétrole sont, donc, très dépendants au prix du baril de pétrole déterminé sur les marchés internationaux. Ces économies fortement ouvertes et trop faibles pour influencer les cours du baril (contrairement à l’Arabie saoudite) subissent de plein fouet les fluctuations des prix de l’« or noir ». Or, le développement nécessite des investissements de long terme que la volatilité des marchés pétroliers empêche. La forte hausse des prix du pétrole sur la période 2000-2014 apparaît comme une aubaine avec un accroissement des recettes budgétaires, de leurs recettes en devises, de capitaux et des investissements directs étrangers. À l’inverse, la baisse des prix entraîne des coupes budgétaires drastiques, les capitaux étrangers fuient le pays (jugés moins rentables) et les opportunités d’investissement se réduisent pour les étrangers. Ces situations sont particulièrement douloureuses pour les populations, car ces pays n’ont pas de stabilisateurs automatiques comme les pays développés.

Dans ces conditions, on note néanmoins que les pays non membres d’une union monétaire ont pu jouer avec leur taux de change pour amortir les effets du choc provoqués par la baisse des prix du pétrole. Mais ces leviers sont insuffisants pour répondre à l’ampleur du choc surtout puisque ces pays sont souvent des pays mono-exportateurs et donc le levier du taux de change ne peut influencer qu’une faible partie des exportations. Reste la question de la diversification des économies, processus compliqué, que certains pays, en dehors des pays africains, notamment l’Arabie saoudite ou le Qatar, ont tenté de mettre en place (plan 2030). Néanmoins ces plans demandent du temps et une forme de stabilité pour réaliser les investissements, ce que la volatilité des prix rend plus difficile.

Stéphane Goutte

Stéphane Goutte est docteur ès mathématiques de l’Université Paris XIII et de l’Université LUISS de Rome. Il est l’auteur de nombreuses publications de recherche dans les domaines des mathématiques et de l’économie appliquées aux secteurs de l’énergie, des matières premières et de la finance. Il est membre de comités éditoriaux et rapporteur pour de nombreuses revues scientifiques internationales. Il est membre de chaires de recherche sur les thématiques de l’énergie et des risques énergétiques. Il est l’auteur également des livres grand public comme 20 idées reçues sur l’énergie publié en 2015.

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